Gouvernance Politique

COUP D’ETAT DU 19 NOVEMBRE 1968 : Quand l’histoire renvoie le dictateur et les démocrates dos à dos dans la mauvaise gouvernance

Dix neuf novembre 1968-19 novembre 2018 ! Il y a  50 ans, le Mali était bouleversé par le premier coup d’Etat militaire de son histoire avec des putschistes menés par le Lieutenant Moussa Traoré. Un arrêt brusque, mais prévisible de la dynamique marche pour l’affranchissement total du joug colonial par un développement socioéconomique harmonieux.

Après 8 ans de détention dans plusieurs prisons maliennes, Modibo Keita a été assassiné le 16 mai 1977 au camp militaire de Djicoroni à Bamako, à 62 ans. Et depuis, le Mali est en quête d’un dirigeant politique de sa carrure, de sa trempe de véritable homme d’Etat. A Modibo Kéita, on a pu tout reprocher sauf qu’il n’était pas un patriote et intègre ayant une vision claire de l’indépendance politique et économique de son pays.

«Son autorité n’avait jusqu’alors pas été remise en question en raison à la fois de son intégrité personnelle et de son ancienneté dans le combat nationaliste… Neutraliste, prompte à dénoncer les ingérences étrangères en Afrique, il impose le respect et contribue à doter d’un certain prestige le pays pauvre qu’est le Mali» ! C’est le commentaire qu’on pouvait lire dans le quotidien français Le Monde du 21 novembre 1968. Deux jours après le putsch du Comité militaire de libération nationale (CMLN) dirigé par le Lieutenant Moussa Traoré.

Aujourd’hui, le putschiste est un Général octogénaire qui savoure une retraite paisible après sa chute le 26 mars 1991. Deux fois condamné à mort et après une décennie de détention, il a été gracié par le président Alpha Oumar Konaré. Aujourd’hui, il ne craint plus de se montrer aux cérémonies sociales et à certains grands événements de la République comme le défilé militaire du 22 septembre 2018.

Comme le disait un confrère, «Modibo Kéita n’a sans doute pas été parfait, tout n’a pas été rose durant ses 8 ans à la tête du Mali». Mais, «une chose est sure, ceux qui sont venus après lui jusqu’ici, n’ont pas pu se hisser à son niveau d’intégrité et d’homme d’État». C’est sans doute pourquoi, le Mali avait réussi à faire un prodigieux bond pendant le court règne de ce leader clairvoyant animé d’un indécrottable patriotisme.

A l’indépendance du pays (suite à l’échec de la Fédération du Mali), le pays devait tenter de repartir de presque rien en ne comptant que sur la vision de ses dirigeants ainsi que sur le courage et l’orgueil de son peuple. En effet, au moment de notre accession à la souveraineté nationale et internationale, l’économie malienne était inexistante. Et on sait que l’industrialisation du pays n’était manifestement pas la grande priorité du colonisateur.

Pour poser les jalons de l’indispensable indépendance économique, Modibo Keita et son équipe ont accordé la priorité à la création de plusieurs petites industries de transformation des productions nationales (sucrerie, rizerie, cimenterie, usine de céramique, manufacture de tabacs et d’allumettes, tannerie, usine de textile, abattoir frigorifique, huilerie conserverie), pour non seulement créer de la valeur ajoutée, mais aussi occuper la jeunesse considérée comme le fer de lance de la souveraineté acquise.

Afin de favoriser l’indépendance économique, une quarantaine de sociétés et entreprises d’Etat ont vu le jour entre 1960 et 1967. Il s’agit, entre autres, de la Société des Conserves du Mali (SOCOMA) ; la Société d’Exploitation des Produits oléagineux du Mali (SEPOM) ; l’Abattoir frigorifique ; la Société malienne d’Importation et d’Exportation (SOMIEX), la Banque de Développement du Mali (BDM) ; la Société des Ciments du Mali (SOCIMA) ; la Société nationale d’Entreprise de Travaux publics (SONETRA) ; Air Mali ; Énergie du Mali, l’Office cinématographique national du Mali (OCINAM)…

Il est vrai que le coup d’Etat du 19 novembre 1968, au lieu de redresser les erreurs reprochées au socialisme, a  brisé l’élan amorcé pour la souveraineté économique. Issu du «référendum» du 2 juin 1974, l’Union démocratique du peuple malien (UDPM, parti unique jusqu’au 26 Mars 1991), a embrigadé le génie créateur du Malien par l’oppression et la confiscation de toutes les libertés individuelles.

Un héritage dilapidé par le dictateur et les démocrates

Au finish, nous pensons que les 23 ans de dictature n’ont pas fait plus de mal à cette nation que les démocrates qui ont poussé les enfants à affronter les chars et les fusils entre janvier et mars 1991. Au moins, du temps du Général Moussa Traoré, nous avions un pays digne de ce nom. Notre pays était craint et respecté par les voisins car disposant d’une armée puissante sollicitée presque sur tous les théâtres de maintien de la paix. Sans compter que le Malien avait encore le sens de l’honneur, de la dignité, donc de la responsabilité.

Que reste-t-il de cette puissance et de ces valeurs après presque trois décennies de démocratie ? Rien ! La preuve est que depuis six ans la République est menacée dans ses valeurs fondamentales. Déjà sous perfusion économique depuis le putsch du 19 novembre 1968, notre pays est depuis des années sous assistance militaire des Nations unies et de la France.

Le respect scrupuleux des lois de la République, par les gouvernants et gouvernés, qui devait être «un principe sacrosaint» de la démocratie est devenu un leurre dans notre pays.

Au lieu d’un plan de sauvetage des industries locales pour booster l’économie par l’agro-industrie, nos démocrates ont sacrifié celles qui avaient résisté au régime précédent pour l’argent facile des institutions de Bretton Woods. Les plans d’ajustement structurel, les politiques de liquidation et de privatisation ont  renvoyé le pays à la case-départ.

Aux «Eléphants blancs» ont succédé les projets démagogiques conçus pour faire la fortune d’une élite ploutocratique insatiable. Les leaders du Mouvement démocratique ont majoritairement trahi le peuple en remplaçant la démocratie par la démagogie. Le Mali des valeurs est un vieux souvenir car sacrifié sur l’autel de la mégalomanie et de la cupidité avec tout ce que cela a engendré comme fléaux (corruption, népotisme, gabegie, délinquance financière, favoritisme et culte de la médiocrité…), donc des handicaps pour l’émergence socio-économique et politique du pays.

Au finish, la démocratie n’a pas mieux servi le peuple malien que la dictature malgré toutes les promesses faites aux Maliens afin d’avoir leur soutien pour se débarrasser de GMT. Ce qui donne raison à cet activiste (qui défendait récemment sur les réseaux sociaux) que «le fossé entre démocratie et dictature, n’est pas si grand qu’on pourrait le penser… Le tyran séduira plus que le dictateur, car le premier agit et sévit à visage découvert, pendant que le second, le fait par démagogie, telle une main de fer dans un gant de velours».

Et si on pouvait réellement réaliser un sondage digne de ce nom, personne ne sera surpris de voir que le regretté président Modibo Kéita (paix à son âme) bat toujours des records de popularité, mais que le Général Moussa Traoré peut rivaliser en la matière avec tous ceux qui ont eu à gérer le Mali démocratique. Au demeurant, pense notre activiste à juste titre, «un dictateur éclairé, vaut mieux qu’un pseudo démocrate».

Malheureusement, depuis mars 1991, notre scène politique est envahie par ses «pseudo démocrates» dont la vision de l’émergence du pays ne dépasse pas leurs ventres et leurs comptes bancaires. Pour redresser le navire-Mali sur un Djoliba aux eaux pourtant moins tumultueuses que d’habitude, il faut un autre discours tenu par une nouvelle classe politique, une nouvelle alliance, des patriotes qui se soucient de «l’avenir de notre pays dans le concert des nations» !

Moussa Bolly

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