Crise malienne Sécurité

Ce que les pays du G5 Sahel attendent de la conférence de Nouakchott

Au terme de la conférence du 6 décembre à Nouakchott, qui rassemblera chefs d’État de la région, dirigeants européens et représentants des bailleurs de fonds, les pays du G5 Sahel pourraient bénéficier de presque 2 milliards d’euros, destinés à financer des projets de développement dans les zones frontières ou en proie à des troubles.

Les pays du G5 Sahel pourraient bénéficier de presque 2 milliards d’euros, le 6 décembre prochain à Nouakchott, à l’issue de la « Conférence de coordination des partenaires et bailleurs de fonds du G5 Sahel pour le financement du programme d’investissements prioritaires (PIP) ».

Les cinq chefs d’État du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad accueilleront des dirigeants européens et les représentants des bailleurs de fonds afin d’arrêter ensemble la liste et le financement des projets destinés à promouvoir le plus vite possible la sécurité et le développement dans cet ensemble de 60 millions d’habitants gravement affecté par la montée du terrorisme.

Financer le développement

Jusqu’à présent, on avait surtout entendu parler de sécurité et des 420 millions d’euros promis par les pays développés à la force conjointe du G5 Sahel et qui tardent à arriver. À Nouakchott, il s’agira de financer surtout le deuxième volet du G5 : le développement.

Dans un premier temps, les cinq pays concernés avaient établi une longue liste de projets dont le total approchait les 15 milliards d’euros et dont l’ampleur faisait un peu peur aux bailleurs de fonds qui traînaient les pieds pour les financer. De part et d’autre, on a fait un effort de rationalisation.

En 2017, la chancelière allemande et le président français ont décidé de mieux fédérer les aides destinées à la région en créant l’Alliance Sahel. Elle regroupe aujourd’hui douze membres dont des pays (Allemagne, Danemark, Espagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Union européenne) et des institutions multilatérales (Banque africaine de développement, Banque mondiale, PNUD), auxquels se sont joints comme observateurs la Fondation Gates, la Suède, la Suisse et la Finlande.

« Dépenser efficacement »

« La vocation de l’Alliance, explique Jean-Marc Gravellini, coordinateur de l’Alliance, n’est pas tant de récolter des fonds, mais de faire en sorte que ceux-ci soient dépensés efficacement sans que chaque donateur plante son propre drapeau sur tel ou tel projet et afin de réaliser rapidement des progrès sur le terrain et au plus près des populations ».

Du côté des cinq pays, on a fait le tri dans les projets avancés. Comme l’a déclaré le président nigérien Mahamadou Issoufou, président en exercice du G5 Sahel, « le temps est précieux, inexorable et si long pour qui attend la conversion des promesses en actes ! Fort de ce constat, en juillet 2018, le G5 a décidé le lancement rapide d’une action à fort impact » : le programme de développement d’urgence.

40 projets seront sur la table lors de la conférence de Nouakchott pour un montant de 1,996 milliard d’euros

Ses actions sont désormais essentiellement localisées dans les zones frontières et dans les zones de troubles : le nord du Burkina Faso, la région centre du Mali, la région des Hodh en Mauritanie, la région Tillabéri et l’ouest de Tahoua au Niger et le lac Tchad (Tchad). Quarante projets seront sur la table lors de la conférence de Nouakchott pour un montant de 1,996 milliard d’euros, dont 249 millions sont déjà acquis voire versés. En plus de l’Alliance, on pourrait voir intervenir le Japon et la Chine, ainsi que des États du Golfe.

La sécurité, la gouvernance, le développement humain et les infrastructures

« Quatre axes stratégiques ont été retenus, commente Mikailou Sidibé, expert en infrastructures du G5 Sahel. La sécurité, la gouvernance, le développement humain et les infrastructures. Cela comporte des études de faisabilité pour le projet de compagnie aérienne commune et pour celui du chemin de fer reliant les cinq pays. » Cela va du financement du collège de défense à Nouakchott et du collège sahélien de sécurité de Bamako au développement du pastoralisme, en passant par l’aménagement d’infrastructures (routes, électrification, aéroports, hydraulique, télécoms) qui se taillent la part du lion avec 1,2 milliard d’euros.

Quelques exemples plus modestes mais urgents. Au chapitre « appui à la justice et à la promotion de l’état de droit » pour lequel 38 millions d’euros sont espérés, il ne s’agira pas de construire des palais de justice, mais de mettre en place un réseau de juges traditionnels au profit de populations qui souffrent de ne pouvoir obtenir justice dans les contrées isolées.

Au chapitre « appui à l’autonomisation des jeunes dans les zones affectées par les conflits et la migration » (12 millions d’euros), il conviendra de susciter des activités rémunératrices pour qu’il ne leur reste pas que deux alternatives périlleuses : l’enrôlement dans les maquis jihadistes ou le départ pour la Méditerranée.

 

Par Alain Faujas

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