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CRISE SECURITAIRE AU CENTRE DU MALI : La solution embourbée dans la surenchère politique

Dans quelques jours, un nouveau bataillon des Forces armées du Mali sera déployé pour sécuriser le centre du pays. C’est ce qu’a annoncé, le 7 janvier 2019, le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga interpelé par les députés sur la situation sécuritaire dans cette région. Comme il l’a défendu face aux élus de la nation, la solution n’est que militaire. Tant que certains leaders communautaires tapis dans l’ombre à Bamako continueront d’attiser la haine ethnique comme fonds de commerce politique pour en tirer des dividendes financiers, le torchon continuera à brûler. Il est temps que l’on s’asseye tous pour se dire les quatre vérités face à face et trouver une solution dans l’intérêt de tous.

«Nous allons continuer de renforcer nos effectifs militaires et sécuritaires sur le terrain avec plus de moyens. Nous envisageons le déploiement d’un bataillon dans le centre dès le mois prochain», a promis  aux députés le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga. C’est donc une nouvelle phase militaire qui sera lancée dans cette partie du pays à partir du 31 janvier 2019.

«Nous avons engagé le désarmement dans le Nord. Nous l’avons étendu sous une forme adaptée aux régions du centre. Nous avons distribué des registres à ceux qui se sont présentés au nom des différents groupes en précisant que le 31 décembre 2018 est la date limite pour se faire enrôler et déposer les armes. A partir de là, nous serons obligés de passer à une autre phase de l’action militaire plus active contre tous ceux qui porteraient les armes», a précisé Soumeylou Boubèye Maïga.

Mais, a rappelé le chef du gouvernement malien, «les efforts militaires doivent être soutenus par des actions politiques qui vont ramener la cohésion, le consensus, la réconciliation et le développement, sinon, l’action militaire montrera ses limites». Il a ainsi insisté sur des assises intercommunautaires pour trouver «un terrain d’entente entre les Peulhs et les Dogons».

«La primauté de l’action militaire sera poursuivie au centre du Mali mais l’objectif de l’État n’est pas aussi d’être dans une confrontation militaire avec les populations civiles. Et ça, c’est une action qui concerne toutes les composantes du pays», a indiqué le Premier ministre plus tard sur son compte Twitter.

«Ma conviction personnelle est que nous devons, de manière claire, arriver à un consensus national pour dire que toute cette situation résulte de l’action des groupes terroristes que nous combattons. Et, de ce fait, chacun doit aussi choisir son camp. Tant que nous n’aurons pas ce consensus, nous ne pourrons pas aller vers la solution», a-t-il poursuivi sur le même réseau.

Mais, visiblement, les actes déjà posés et les décisions annoncées par lui n’ont pas convaincu beaucoup d’élus, tant de l’opposition que de la sa propre majorité, qui ont leur propre lecture de ce conflit. «Parmi les acteurs de la violence, il y a les djihadistes, les trafiquants de drogue, le banditisme classique. Mais la cause principale est la démission de l’Etat. Des cercles sont abandonnés par l’Etat», a, par exemple, déploré le député de l’opposition Bréhima Béridogo, du groupe VRD (Vigilance républicaine démocratique).

Pour Belco Bah, du groupe parlementaire APM (Alliance pour le Mali, majorité), il n’y pas de doute que l’épuration ethnique en cours a été bien planifiée. «Il faut qu’on arrête de stigmatiser les Peulhs. Malgré les différentes missions effectuées par le Premier ministre et d’autres cadres au centre du Mali, le résultat reste mitigé. Il n’y a pas de conflit intercommunautaire peulh-dogon mais des attaques effectuées par des bandits», a-t-il dit.

Et comme Aliou Boubacar Diallo, le président d’honneur de l’ADP-Maliba, qui s’exprimait pour la première fois sur ce que certains observateurs considèrent déjà comme un génocide ciblant les Peuhls, il est temps de sortir «des communiqués laconiques et des déclarations» d’intention pour trouver une solution définitive à «ce conflit instrumentalisé par certains et transformé en génocide par ceux-là qui veulent mettre dos à dos les communautés».

Peuhls et Dogons, des boucs émissaires

Ces tragédies vont au-delà des affrontements communautaires. A notre avis, les Peuhls et les Dogons ne sont que des boucs émissaires d’une recolonisation par la terreur et les conséquences dramatiques des manipulations politiques à distance. En témoignent les armements utilisés dans les derniers massacres. Il faut déjà saluer la décision du gouvernement d’élargir «le programme de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR) au centre».

Mais cette volonté politique ne doit pas nous amener à occulter les questions pertinemment posées par le président d’honneur de l’ADP-Mali. Qui arme lourdement les populations civiles ? Qui sont ces “hommes armés” qui sont identifiés par leur tenue de chasseurs traditionnels ?

Ce serait une tautologie que de dire que le gouvernement a une responsabilité historique face aux crimes qui se produisent dans le Centre et le Nord du Mali. D’où la nécessité d’une riposte rapide et efficace pour rassurer davantage les communautés et faire des exemples de justice contre «ceux qui se promènent impunément avec armes et sang sur les mains».

L’urgence, c’est de désarmer toutes les milices, voire toutes les populations, sans exception. Pour ce faire, il faut impliquer les communautés au-delà des organisations identitaires basées à Bamako et dont certains responsables ne cessent de jeter l’huile sur le feu. Personne n’ignore l’influence socioculturelle et spirituelle du Hogon en pays dogon. Tout comme les leaders de certaines confréries religieuses en milieu peuhl.

Pourquoi ne pas s’appuyer sur ces leaders d’opinion pour désarmer toutes les milices. A défaut, les communautés vont délibérément se désolidariser d’elles. Mais, pour obtenir une telle implication, il faudra donner des garanties sûres à ces leaders et aux populations qui leur font confiance. Des gages sécuritaires notamment.

Comme l’a rappelé un confrère, le Centre n’est pas aussi vaste et austère que le Nord pour que des hordes de hors-la-loi se déplaçant en «petits groupes armés» (comme ceux qui viennent de commettre l’horreur et la barbarie à Koulogon Peuhl) continuent à nous «dicter la loi du sang en toute impunité». 

D’où l’urgence de rétablir la présence étatique dans l’ensemble de la région de Mopti afin de ramener «le calme et de distribuer la justice avec équité, gage de stabilité et de quiétude». Et comme l’a défendu un autre confrère, «l’Etat ne doit pas perdre le monopole de la violence». Il doit se donner les moyens de rapidement identifier et neutraliser ceux qui s’attaquent aux populations civiles.

Et nous indigner ne suffit plus face aux massacres de civils désarmés et dont le seul tort est de croire en la capacité de l’Etat d’assurer leur sécurité. Il faut agir pour mettre fin au bain de sang, pour enrayer le génocide déjà dénoncé par certains observateurs qui, malheureusement, jouent aux pyromanes et aux pompiers.

L’interpellation du gouvernement le 7 janvier 2019 nous a renseigné sur beaucoup de faces de ce conflit. Les élus des localités de conflit et d’autres sont unanimement insatisfaits de sa gestion par le gouvernement. Mais les spéculations politiciennes ne nous avancent pas non plus vers une porte de sortie.

D’où la nécessité pour le gouvernement, les organisations identitaires, les leaders communautaires… de chercher à mettre les populations en confiance pour une meilleure collaboration avec les forces de sécurité afin de mieux isoler les criminels le plus souvent habillés en “donzos” pour accentuer l’antagonisme peuhl-dogon.

C’est la condition sine qua non pour, comme le craint Soumeylou Boubèye Maïga, annihiler le risque «de tomber dans ce piège communautaire qui va détruire le consensus sur lequel notre nation repose et qui fait, jusqu’à présent, sa force» !

Moussa Bolly

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