Politique

GREVE DE L’UNTM : Une mobilisation qui met dos au mur le gouvernement avant la conférence sociale

Le gouvernement malien a désormais le dos au mur après la grève générale de 72 H (9-11 janvier 2019) de la principale centrale syndicale, l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM).

Ce mouvement, selon les responsables de la centrale et nos propres constats à différents niveaux, a été bien suivi et a «paralysé des secteurs névralgiques sur l’ensemble du pays». La grève (9-11 janvier 2019) a ainsi été «largement observée» à l’intérieur du pays, ainsi que dans les représentations diplomatiques et autres services maliens dans les pays voisins.

«Les travailleurs du CHU Gabriel Touré ont observé massivement la grève. Toutefois, le service minimum a été aussi observé. Il a concerné la prise en charge des malades hospitalisés et les cas d’extrême urgence», a confié l’un des porte-parole du syndicat de la santé.

Mais, même s’il y avait moins de véhicules de transport en commun en circulation, la capitale n’a pas été aussi paralysée comme on le craignait. Des témoins ont néanmoins signalé, le premier jour, des affrontements dans certains quartiers de Bamako entre chauffeurs pro-grève et ceux qui étaient opposés au mot d’ordre et qui voulaient continuer à travailler. A part la Bank of Africa, les établissements financiers sont restés fermés, contraignant la clientèle à se rabattre sur les guichets automatiques.

Mais des syndicats affiliés à la Confédération syndicale des travailleurs du Mali (CSTM, la seconde centrale en termes d’adhésion) et d’autres organisations syndicales comme celle de l’eau et de l’électricité, (SUTEELEC) se sont désolidarisés du mot d’ordre.

Pour rappel, douze points figurent au cahier de doléances de l’UNTM. Il s’agit, entre autres, de l’extinction du protocole d’accord de 2014, des droits des compressés, des partants volontaires à la retraite, des syndicalistes lésés, de l’intégration des contractuels à la fonction publique, de la relecture des conventions collectives minières, de l’extinction du dossier de l’UMPP (Usine malienne des produits pharmaceutiques), de la transposition de la valeur indiciaire de 2014 en termes de pourcentage d’augmentation des salaires dans le secteur privé, de l’amélioration des grilles salariales appliquées dans le secteur privé conformément aux pourcentages obtenus dans la nouvelle grille des fonctionnaires.

«L’Union nationale des travailleurs du Mali dénonce aussi la cherté de la vie et invite le gouvernement à l’établissement de l’égalité des âges de départ à la retraite dans la fonction publique et le secteur privé à partir de janvier 2018», a martelé Yacouba Katilé, le secrétaire général de l’UNTM, face à la presse le 8 janvier dernier.

Sa centrale prône également l’adoption d’une vraie politique assurant la garantie des emplois, notamment lors des recrutements par les bureaux de placement, d’une part, et par la protection des productions des unités industrielles du Mali, d’autre part.

Le débrayage a été bien suivi. «Trop bien même», ont déploré certains usagers rencontrés pendant les trois jours. Ils ont surtout dénoncé le non-respect du service minimum dans certains services, notamment dans des centres de santé et dans l’administration publique.

L’UNTM a annoncé qu’elle déposera un nouveau préavis de grève dans les jours à venir. «Le gouvernement, soucieux de la stabilité sociale et du respect strict des textes régissant le dialogue social, rassure l’opinion nationale et internationale qu’il reste toujours ouvert au dialogue», a déclaré un communiqué du ministère du Travail et de la Fonction publique.

Une large concertation pour améliorer les conditions des travailleurs

Dans une interview à Mikado FM, la radio des Nations unies au Mali, le ministre du Travail et de la Fonction publique a rappelé que le gouvernement malien a reçu 81 préavis de grève en 2018 contre 84 en 2017, 71 en 2016 et 63 en 2015. «Nous avons reçu plus de préavis de grèves émanant du secteur privé que du public. Et cela impacte les investissements et la stabilité sociale», a déploré Mme Diarra Racky Talla. Qui n’a pas manqué de rappeler que le Mali obéit, comme tous les Etats de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa), à des critères de convergence par rapport à la masse salariale.

«Aucun pays de la sous-région ne doit dépasser 35 % du produit intérieur brut pour la masse salariale. Avec les augmentations que nous avons consenties et que nous avons proposées à l’UNTM, nous nous retrouvons à 37 %», a défendu Mme Diarra. «Même en période normale, l’Etat n’a pas les moyens de supporter toutes ces revendications», a également rappelé le ministre malien du Travail et de la Fonction publique.

Malgré le succès de son mot d’ordre, de nombreux observateurs ont aussi appelé l’UNTM à la retenue. «L’UNTM ne doit pas s’enfermer dans des revendications sectorielles ponctuelles qui ignorent la situation générale et le contexte global du Mali. La centrale syndicale doit éviter de basculer dans une opposition stérile par une position jusqu’au-boutiste», a alerté Cissé Mariam Coulibaly, enseignante et syndicaliste à la retraite.

Afin d’améliorer les conditions de vie et de travail des travailleurs, le gouvernement a prévu d’organiser en ce début d’année une conférence sociale devant plancher sur leurs préoccupations socioprofessionnelles et économiques.

Déjà, il s’est proposé d’améliorer la grille de la Fonction publique pour 5,8 milliards de F Cfa. Le taux moyen d’augmentation est de 9 % pour la catégorie A, 8 % pour la catégorie B2, 9 % pour la catégorie B1 et 21 % pour la catégorie C, soit une augmentation en moyenne de 65 points d’indice pour la catégorie A, de 37 pour la catégorie B2, de 36 pour la catégorie B1 et de 58 pour la catégorie C. Il est aussi annoncé la suppression de la TEJ et la TFP pour réduire les charges sur le salaire afin de favoriser la création d’emplois et la formalisation de l’économie avec un impact budgétaire évalué 8 milliards de F Cfa. Des mesures qui cadrent avec la feuille de route confiée au gouvernement par le président IBK le 8 janvier 2018 et qu’on peut résumer à trois missions essentielles : rassembler, protéger et servir les Maliens.

Moussa Bolly

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