Culture

L’ŒIL DU CRITIQUE : “Dry” ou la sécheresse du drame humain vécu par les fistuleuses

C’est l’un de mes coups de cœur parmi les programmes cinématographiques de Canal+ pour la fin 2018. Je veux parler de “Dry”, un film dramatique britannico-nigérian réalisé par Stephanie Okereke Linus. Sorti en avant-première à Abuja le 13 août 2015, il est le fruit d’une collaboration entre cette célèbre actrice de Nollywood et Fistula Care Plus. Emotion, indignation et révolte se disputent le rôle principal de ce chef-d’œuvre axé sur les fistules obstétricales. Un drame silencieux et stigmatisant vécu généralement par les victimes des mariages précoces.

DRY résume la vie de Dr. Zara (Stephanie Okereke Linus), un médecin africain à la brillante carrière qui vit au Pays-de-Galles et qui est déterminée à se tenir loin de ses souvenirs d’enfant. Cela menace à présent son futur mariage avec Alex, un homme qu’elle aime vraiment.  

Lorsque sa mère, missionnaire en Afrique, est tombée malade et n’a pas été en mesure de faire un voyage essentiel et quand Zara a découvert qu’il y avait de fortes chances que sa fille perdue de vue puisse être vivante en Afrique, elle a pris une nouvelle orientation en surmontant ses plus grandes craintes. Son voyage en Afrique était devenu inévitable.

Au même moment, en Afrique, les parents démunis de Halima (Zubaida Ibrahim Fagge) la forcent  à se marier à Sani (Tijjani Faraga), un homme de 60 ans alors qu’elle n’en a que 13. Méconnaissant totalement la sexualité ou ses complexités, elle subit un atroce calvaire car son nouveau mari la viole régulièrement. Halima tombe enceinte et souffre de la fistule vésico-vaginale après l’accouchement. Elle est par conséquent abandonnée par son mari et discriminée dans la société. 

Un cauchemar qui touche plus de 2 millions de femmes dans le monde. La gamine est victime d’ostracisme et abandonnée par son mari, sa famille et sa communauté. C’est une période synonyme de rejet, d’isolement et de désespoir pour Halima.

Le film suit la trace du périple de Zara en Afrique, ses tourments constants en raison des horreurs inexplicables de son enfance, ses expériences et ses peines alors qu’elle travaille avec ces femmes en souffrance dans le contexte d’une riche culture africaine.

En dehors de sa portée pour la sensibilisation sur le fléau des mariages précoces, j’ai surtout retenu le courage et la combativité de Dr. Zara, cette femme-médecin qui parvient finalement à surmonter son enfance horrible pour aider d’autres victimes, sauver d’autres jeunes femmes qui se trouvent dans des cas analogues.

Le triomphe du leadership sur les préjugés sociaux et les pesanteurs politiques

Un courage qui la pousse à braver l’autorité hiérarchique et les traditions pour aller “débusquer” les victimes cachées afin d’éviter le rejet et le regard des autres. «Si elles ne viennent pas à nous, nous irons à elles où elles sont», dit-elle à sa collègue avant de lancer une véritable campagne de prise en charge. Et, par son courage, Dr. Zara parvient à rallier tout le pays à sa cause (au grand dam de ses supérieurs qui lui mettaient les bâtons dans les roues) et à bénéficier de soutiens extérieurs.

Ce qui, une fois de plus, démontre que les causes les plus nobles ont besoin de leadership pour avancer, pour triompher des préjugés et des résistances sociopolitiques le plus souvent liées à des intérêts personnels et à des égos démesurés.

Le making off de Dry serait inspiré de la vraie histoire d’une dame rencontrée par Okereke dans le Nord du Nigéria. «Je suis allée dans le Nord et dans d’autres régions du pays où j’ai pu constater de visu comment ce problème de santé constitue un défi à la vie normale pour les filles et les femmes de tous âges. J’ai décidé de partager leur histoire à travers Dry», a déclaré l’actrice-réalisatrice lors de l’avant-première du film à Abuja.

Ce film a généralement été accueilli favorablement par la critique, surtout à cause certainement du poignant message qu’il véhicule. «La démonstration visuelle de la souffrance de Halima suffit à faire fondre un cœur de pierre. Et même si ce n’est que pour cette raison, Dry vaut le coup», a commenté un critique à la sortie du film en 2015. Pour de nombreux confrères (critiques), c’est «une histoire magnifiquement cousue sur l’humanité» qui «vous traîne à travers les façades de la beauté» ; «une promenade à travers la surface de l’impérialisme».

Changer le vie de jeunes femmes qui souffrent de la fistule

Et cela d’autant que Stephanie a réussi à créer «des personnages inoubliables, dotés d’une histoire qui, à la fois, vous étonne et vous tronque». Sans compter que les questions soulevées dans son œuvre sont authentiques, mais occultées par les décideurs politiques alors qu’elles exigent une attention particulière.

Après la projection en avant-première, Dr. Habib Sadauki, le responsable national du projet Fistula Care Plus, a déclaré que ce film va contribuer au plaidoyer dans son ensemble pour «la prévention du travail dystocique et de la fistule obstétricale au Nigeria». 

«Le fait de pouvoir enfin partager quelque chose qui me tient tant à cœur m’invite à l’humilité. Les commentaires et les émotions brutes me rappellent pourquoi ce film est important et pourquoi mon organisation, Extended Hands Foundation, a tant de travail à faire et, aujourd’hui avec ce film…, c’est un mouvement qui a pour objectif de changer les vies de beaucoup de jeunes femmes qui souffrent de fistule», a indiqué Stephanie Okereke.

Et de conclure, «la sécheresse (Dry) de ce film soulèvera de nombreux problèmes maternels dans notre pays (Nigeria) et le fait que beaucoup de femmes moins favorisées meurent pendant l’accouchement. Cela concerne également les mariages précoces. Cela va également faire ressortir le besoin pour les jeunes filles de pouvoir vivre leur vie» !

J’ai personnellement apprécié Dry en tant que critique et aussi comme… un humain !

Moussa Bolly

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