Santé et Médecine

Une “oasis” au CHU Point G pour redonner vie et espoir aux fistuleuses

Au Mali, le taux de mortalité maternelle est de 464 pour 100 000 naissances vivantes et celui de la mortalité néonatale est de 46 pour 1000 naissances vivantes selon les données de la dernière “enquête démographique et de santé” réalisée en 2006 (EDSM-IV).

Pour chaque décès maternel le plus souvent évitable, 20 à 30 femmes survivent avec des séquelles dont l’une des plus graves est la fistule obstétricale. La fistule se définit comme «une perforation de la paroi vaginale qui communique avec la vessie ou le rectum à la suite d’un travail d’accouchement long et difficile».

Elle se manifeste par une perte d’urines et parfois de matières fécales par le vagin, engendrant une souffrance physique, morale, psychologique et sociale. La fistule obstétricale (FO) reste la morbidité la moins prise en charge bien qu’elle soit celle qui affecte le plus la femme, la famille et la société. Elle survient le plus souvent au premier accouchement (48 %).

Plus de la moitié des femmes ne voyaient plus leurs règles et n’avaient plus d’activités sexuelles. Ceux-ci concourent à agir sur l’état psychologique de la femme qui, en plus de l’écoulement permanent des urines, va se sentir diminuée et davantage isolée dans sa communauté.

Les femmes passent aussi trop de temps avec leur fistule avant de se rendre dans un centre de santé (plus de 12 mois dans 39 % des cas).

Les conséquences de la fistule sont nombreuses et se manifestent par la marginalisation (kèrè fè din) et l’isolement ; l’abandon progressif de la femme victime de fistule au profit d’une autre femme entraînant le divorce au finish ; la réduction du temps de travail de la patiente par la lessive pour se rendre propre ; la réduction de son pouvoir d’achat due à la limitation de rapports sociaux ; le traumatisme psychologique causé par l’espoir, voire l’obsession de guérir.

Pour faire face à ce drame négligé qui touche plus de 2 millions de femmes à travers le monde, mais qui frappe avant tout les plus pauvres et en particulier les Africaines, plusieurs institutions, comme la Fédération internationale des gynécologues obstétriciens (Figo) et l’Université de Colombie, se sont mobilisées sous la conduite du Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa) en 2001 à Londres.

La fistule obstétricale constitue un problème de santé publique dans les pays en voie de développement qui ont en commun l’insuffisance d’accès aux soins obstétricaux de base, aux soins obstétricaux et néonataux d’urgence…

Sur l’initiative de la Fondation Partage, de Mme Adam Ba Konaré (historienne et ex-Première Dame du Mali), le CHU Point G est doté depuis des décennies d’un Centre médico-social de référence dans la prise en charge des fistules obstétricales au Mali. Symboliquement baptisé “Oasis“, il a pour but le recrutement, la réinsertion et la prise en charge des FVVO (fistules vésico-vaginales obstétricales) à travers le service d’urologie.

Les femmes victimes de la fistule obstétricale y sont hébergées et nourries jusqu’à la guérison complète de la fistule si elles le souhaitent. La durée moyenne de séjour au centre OASIS est de 26 mois.

Les femmes du centre Oasis, cité comme une référence en Afrique, bénéficient du soutien financier et matériel de leurs sœurs, des entreprises et d’organisations à diverses occasions, notamment pendant le Mois de la solidarité et de la lutte contre l’exclusion…

M.B

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