Nécrologie

DECES DE L’ARTISTE SALI SIDIBE : Le Wassoulou déjà orphelin de son rossignol

Diva du  Wassoulou, Mme Diabaté Salimata Sidibé dite Sali s’est éteinte dans la matinée du jeudi 7 février 2019 à l’hôpital «Le Luxembourg» à Bamako des suites d’une maladie. Ainsi, une autre grande figure emblématique de la musque moderne malienne a tiré sa révérence à 59 ans. Elle a été conduite en sa dernière demeure au cimetière de Lafiabougou le lundi, 11 février 2019, par une foule de proches, de fans et d’anonymes.

Née dans les années 60 à Siékorolé, un village du Wassoulou (au sud du Mali), Mme Diabaté Salimata dite Sali Sidibé a véritablement commencé sa carrière avec son premier album, «L’enfant chéri du Wassolon» (Wassoulou). Son style musical est typiquement inspiré du terroir de cette région naturelle du sud du Mali.

La jeune chanteuse a intégré l’Ensemble instrumental national du Mali au début des années 1980. Et cela contre le gré de sa famille pas favorable à une carrière artistique d’autant plus que son père était un leader religieux très réputé dans cette zone.

En 1987, elle créa son propre ensemble et devint très populaire dans le pays et dans la diaspora grâce notamment à «Toukan Magni» (les travers de la migration) qui fut un grand tube dans le pays. Et «Wassoulou Foli» sera son premier album vendu à l’international. D’ailleurs, des titres de «Wassoulou Foli» figurent également sur deux compilations nommées «Wassoulou Sound» par Stern’s Music.

Ainsi bien lancée sur les traces de ses aînées, les regrettées Kagbe et Coumba Sidibé, Sali était vite devenue l’une des grandes ambassadrices du Wassoulou. Différente du style de la Diva Oumou Sangaré, sa musique était plutôt plus proche du Didadi de Nahawa Doumbia. 

Son style Wassoulou-pop l’a rendue populaire en Occident, comme en témoigne la compilation «Divas du Mali» (1997). Elle a été un précurseur dans la modernisation du style kamalen ngoni et sa musique contemporaine est depuis devenue disponible dans le monde entier. 

Et cela même si toute trace d’une grande partie de sa carrière a été plus ou moins perdue ou méconnue, jusqu’à maintenant. Ainsi, le blog Wordservice a récemment fourni la «preuve irréfutable» que Sali Sidibé a en effet enregistrée dès la fin des années 70.  Et les deux artefacts sauvés qui y ont été signalés revendiquent amplement cette chanteuse à l’incomparable beauté vocale comme marraine de la modernisation du kamalen ngoni. Un talent incommensurable et une voix de rossignol qui ont été affutés au rythme d’une discographie riche de «L’enfant chéri du Wassolon» (1980), «Formidable» (1982), «Tounkan Magni» (1988), «N’Daya International» (1993), «From Timbuktu to Gao» (1993), «Wassoulou Foli» (1993), «Union africaine» (2000)…

Même si elle ne se privait pas de louer les qualités de ses bienfaiteurs, elle chantait surtout des sujets contemporains, des problèmes sociaux… Mais, les grands succès du Rossignol du Wassoulou ont été surtout des chansons produites pendant les campagnes d’Amadou Toumani Touré (2007) et récemment d’Ibrahim Boubacar Kéita.

En effet, après avoir chanté Moussa Traoré, Amadou Toumani Touré (ATT), Sali avait poursuivi ses hommages aux présidents du Mali par un album dédié à Ibrahim Boubacar Kéita. Loin d’être une simple louange, c’était sa manière à elle d’encourager les plus hautes autorités du moment à œuvrer au développement du pays. Sali a aussi chanté pour la gloire du Mali avec ses titres comme Malidenw et Faso.

«IBK m’a beaucoup soutenue dans des moments difficiles. C’est pourquoi, j’ai chanté pour lui…J’espère que mes chansons vont galvaniser les Maliens, particulièrement  les autorités, à se surpasser en ces moments difficiles pour notre pays», avait-elle espéré à la sortie de l’œuvre.

Convaincue qu’il n’aurait jamais de développement sans paix, la chanteuse invitait ainsi ses compatriotes à soutenir les actions du  président IBK afin que le Mali retrouve l’entente et la stabilité.

En marge de l’édition spéciale de la Biennale artistique et culturelle du Mali qui a pris fin le 31 décembre 2017 à Bamako, Mme Diabaté Salimata Sidibé, figurait parmi les 19 hommes et femmes de la culture décorés par le président Ibrahim Boubacar Kéita. Il s’agissait notamment des artistes qui se sont produits durant «Les Semaines de la jeunesse» puis des Biennales de 1960 à ce jour.  Ainsi, Sali avait été élevée à la dignité d’Officier de l’Ordre national du Mali.

«On a mis du temps à reconnaître leur mérite… La  République a finalement réajusté ses erreurs et je crois que cela reste encore insuffisant… Je ne souhaite qu’aucune fille ou fils qui mérite du pays puisse se sentir orpheline ou orphelin. Nous saurons devoir le corriger. La patrie est reconnaissante…», avait déclaré IBK à la fin de la cérémonie de décoration.

Sali a certes tiré sa révérence, mais ses chansons résonneront toujours sur terre. Puisse le Tout puissant lui réserver un paradis éternel.

Moussa Bolly

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