Politique

INSECURITE ET EVAPORATION FINANCIERE : Le Parena épingle le gouvernement à travers un rapport d’investigation

Selon un document d’investigation du Parti pour la Renaissance Nationale (PARENA), rendu public lors d’un point de presse le 14 février 2019, la crise sécuritaire persistante a causé la mort de plus de 1800 personnes au nord et au centre du Mali en 2018. Et à l’aide de chiffre, ce parti s’inquiète de ce qu’il appelle «évaporation financière» avec une baisse inquiétante des ressources fiscales.

Selon ce rapport publié par le Parena et intitulé «la situation sécuritaire au centre et la crise financière», le Mali est confronté à plusieurs crises dont «la combinaison menace les fondements de la nation».

Ainsi, en plus de la crise sécuritaire persistante au nord qui s’est étendue au centre ; une crise politique est née de la dernière élection présidentielle «organisée sous l’empire de la fraude». Et selon ce parti d’opposition, cela a conduit à «une crise institutionnelle» qui a plongé «la quasi-totalité des institutions constitutionnelles dans un déficit de légitimité».

Le Parena  a aussi déploré un «mécontentement social sans précédent», une multiplication vertigineuse des grèves des travailleurs, une grave crise financière résultant de la mauvaise gouvernance endémique du pays. «Cette mauvaise gouvernance est le principal ferment de la grogne sociale généralisée», a dénoncé le rapport.

Le président du Parena, Tiébilé Dramé (lors du point de presse), a développé un argumentaire illustré par des chiffres. Ainsi, il a fait cas d’un nombre global de 1814 victimes de l’insécurité en 2018, dont 1026 ont été tuées au centre du Mali.

A ce niveau (bilan sur le centre), on trouve 697 civils, 85 membres des Forces armées et de sécurité du Mali, quatre soldats de la Minusma (des Bangladeshi tués 28 février 2018 lorsque leur convoi a sauté sur un engin explosif improvisé entre Douentza et Boni), 236 hommes armés ou présumés armés.

Il s’agit notamment des membres des groupes terroristes, des milices, des chasseurs Donzos et des civils présentés comme djihadistes ou terroristes. «D’une année à l’autre, le nombre de militaires tués au centre est passé de 62 à 85», a déploré Tiebilé Dramé, président du Parena, parti politique de l’opposition.

Pour ce qui est de la crise financière, le document du Parena a souligné que les principaux services pourvoyeurs de recettes n’ont pas été en mesure d’atteindre les objectifs assignés. Il a ainsi mis l’accent sur un gap de 32 % pour les impôts, 33 % pour les douanes et 71 % pour les domaines.

En conséquence, sur les 253 milliards Cfa attendus des domaines par exemple, seuls 86 milliards ont été collectés. Et cela, a précisé Tiébilé Dramé devant la presse, «selon les chiffres officiels communiqués aux parlementaires par le ministère des Finances. Sur les 253 milliards CFA (près de 435 546 052 dollars US) attendus par exemple des domaines, seuls 86 milliards Cfa (environ 148 051 227 dollars US) ont été collectés».

Les responsables du Parena se disent surtout inquiets par rapport à ce qu’ils ont qualifié «d’évaporation financière grossière». Ainsi, ont-ils dénoncé, au niveau du secteur minier, le fait que les recettes fiscales soient passées de 48 milliards de francs Cfa (plus de 82 633 243 dollars) en 2016 à seulement 8 milliards de francs CFA (13 772 207,2 dollars) en 2018.

Et pourtant, a-t-on déploré dans le rapport, «la production d’or n’a pas cessé d’augmenter… Dans ce secteur, aucune dividende n’a été versée à l’État, pourtant actionnaire, pendant la période écoulée». Tout comme, en termes de dividende, le Pari mutuel urbain (PMU) «n’a pas versé un sou à l’État en 2016 et 2017».

Face à l’insécurité, le Parena a recommandé au gouvernement de se démarquer «en paroles et dans les faits» de tous les groupes armés irréguliers et illégaux ; mettre urgemment en place une commission indépendante d’enquêtes pour faire la lumière sur les graves violations des droits humains perpétrés au centre ; rechercher et punir tous les auteurs et complices des crimes abominables commis au centre ; enquêter sur l’origine des armes de guerre et leur circulation dans les régions de Ségou et Mopti ; démanteler les check-points illégaux installés au vu et au su des autorités locales et régionales ; mettre fin au délit de faciès ; désarmer et dissoudre les milices ; déployer dans le centre des observateurs indépendants des droits de l’Homme…

Des patrouilles régulières FAMa-Minusma ont été également recommandées. Tout comme la convocation des assises régionales sur la restauration de la sécurité, de la stabilité et sur la bonne gouvernance au centre.

En répondant aux questions des journalistes, Tiébilé Dramé a dénoncé la mauvaise gouvernance et la mauvaise gestion par les gouvernants  à la base de la crise des finances publiques ; la responsabilité des gouvernants dans l’impasse actuelle ; l’importance du dialogue entre les gouvernants et les forces vives de la nation, la faiblesse du cadre de concertation des partis politiques… Et à son avis, il est indispensable que tout un chacun prenne conscience de «la gravité du problème et les  pistes de propositions de solutions idoines de sortie de crise».  

Présent au point de presse, le Chef de file de l’opposition et challenger du président Ibrahim Boubacar Kéita au second tour de la dernière présidentielle (août 2018), Soumaïla Cissé, a abondé dans le même sens tout en mettant l’accent sur la gravité de la crise dans le centre du pays, les difficultés concernant l’approche amorcée par le gouvernement en matière de réformes politiques.

Il a aussi reconnu que le déficit économique du pays est réel et se dit inquiet de «l’absence d’investissements conséquents facteur de création d’emplois».

Moussa Bolly

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