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Sitan Samaké, peintre : «C’est pour venir en aide à ma mère que je me suis lancée dans ce métier»

Sitan Samaké est peintre depuis deux ans, une activité généralement exercée par les hommes au Mali. La peinture lui permet aujourd’hui de subvenir à ses besoins mais également de venir en aide à sa famille.

«C’est pour venir en aider à ma mère que je me suis lancée dans ce métier», clame Sitan Samaké. Pinceau en main, chapeau sur la tête, vêtue de tee-shirt blanc sale, d’une culotte kaki, et portant une paire de chaussures basket aux  pieds, celle qui est également footballeuse à l’équipe des Super Lionnes de Hamdallaye, est très occupée à peindre l’intérieur d’une chambre.

Dans la pièce, on retrouve des seaux de peinture et une échelle qui sert d’escalier afin d’atteindre la dalle. «Après avoir échoué à trois reprises au bac, j’ai demandé à un oncle peintre Moussa Balla Diarra de pouvoir faire de ce métier», précise-t-elle. Celui-ci ne le voulait pas au départ, mais il a fini par l’accepter comme apprenti grâce à sa détermination et à son abnégation. Et cela fait deux ans qu’elle exerce le métier.

«J’ai choisi la peinture par vocation mais aussi pour faire taire les critiques des mauvaises langues qui estiment que je n’aime pas travailler», confie-t-elle, le visage taché de gouttes de peinture. À travers son oncle, Sitan a connu des entreprises ivoiriennes avec lesquelles elle travaille. Elle est d’ailleurs la seule Malienne dans l’équipe.

La peinture permet à Sitan Samaké de bien gagner sa vie et par conséquent l’anoblir. «Les professionnels qui savent faire de la peinture (enduit) gagnent six mille franc CFA par jour. Ceux qui ne font que  rouler perçoivent  cinq mille francs CFA. Bon si je fais l’enduit durant  toute la semaine je peux gagner quarante mille Fcfa. Je peux gagner 150.000 à 200.000 francs CFA.»

Cet argent permet à la peintre d’assurer son indépendance financière et de venir en aide à ses parents. «La somme que je gagne me permet de subvenir à tous mes besoins, et d’aider ma mère pour les dépenses de mes frères et sœurs», atteste celle qui a participé à la coupe d’Afrique juniors de football avec les Aigles dames en 2015.

Sur ses rapports avec les hommes,SitanSamaké déclare n’avoir aucun problème avec eux. «Nous travaillons dans la joie, la tranquillité et le respect mutuel. Les hommes me considèrent comme leur patronne», lâche-t-elle, en souriant. Elle confie être la cheffe de l’équipe qui confie les travaux aux uns et aux autres.

Encouragée dans ce qu’elle fait, Sitan affirme que c’est cet encouragement qui lui permet d’aller de l’avant, sinon, avoue-t-elle, la peinture est un métier très difficile. «Quand je rentre je ne sors même pas. Il m’arrive de dormir sans me laver ni manger. La fatigue m’empêche souvent de fermer les yeux. Mes bras s’enflent et j’ai des picotements ou des irritations. Mais ça va aller», se persuade-t-elle.  

Débordante d’énergie et d’ambitions, l’attaquante des Super Lionnes d’Hamdallaye espère avoir de l’argent pour ouvrir un centre de formation en peinture dédié exclusivement aux femmes. Consciente des enjeux du moment, elle recommande aux filles de travailler afin d’assurer leur émancipation. «Car de nos jours, l’homme ne peut pas subvenir à tous nos besoins», rappelle-t-elle.

Si les filles de son âge adorent les mariages, les baptêmes et les boîtes de nuit, c’est tout le contraire de Sitan qui ne connaît que le travail. «Je sors tous les matins entre 6 heures et 7 heures et ne retourne que le soir après les entraînements», précise-t-elle.

À vingt-deux ans, Sitan Samaké ne pense pas pour le moment au mariage. «Je cherche des millions pour construire une maison et acheter une voiture afin de les offrir à ma mère», assure-t-elle. «Après on s’amusera. Sinon, pour l’instant, je suis entièrement dédiée à cela», confesse la peintre. Abdrahamane SISSOKO/Bintou TOUNKARA

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