Economie

MOCTAR TOURE, ECONOMISTE : « Le franc CFA ne porte pas toutes les responsabilités dont on l’accable »

Jeune économiste évoluant dans le secteur privé, Moctar Touré donne son avis sur le débat qui écume actuellement l’Afrique et l’Europe.

La faillite théorique du franc CFA est probablement aujourd’hui, dans l’historiographie la plus visible et la plus manifeste !!! 
Selon mes analyses, cette monnaie commune qui a plus de soixante-dix ans ne porte pas toutes les responsabilités négatives dont on l’accable. Et, surtout, les variables monétaires ne sont pas le déterminant premier de la croissance économique. Pour les inconvénients du franc CFA, quelques exemples au moins méritent l’attention. D’abord, la fixité de la parité avec l’euro ne signifie pas son immuabilité comme l’a montré la dévaluation de janvier 1994, intervenue pour corriger une parité devenue intenable. Certes, le changement fut brutal, en raison d’une attente trop longue pour cet ajustement. Mais, il a montré que le changement était possible sans remettre en cause ni la fixité du lien monétaire avec l’euro, ni l’intégration entre pays d’une même zone. L’approfondissement d’espaces régionaux solides est unanimement admis comme une condition sine qua non de l’émergence économique attendue. Il impose en revanche que les politiques adéquates soient menées pour protéger les secteurs d’activité naissants, pour empêcher les importations frauduleuses, pour éviter les obstacles intra-régionaux non tarifaires. Ces conditions n’ont rien de monétaire et leur absence condamne la réussite de toute politique industrielle, parité fixe ou non. La fixité n’est pas non plus nécessairement exclusive de modifications quant à la base de référence. Une monnaie commune « autonome » est d’ailleurs à l’étude depuis plus de vingt ans dans la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avec une échéance de mise au point qui recule chaque année: la domination du Nigeria et les craintes que cela implique sont la cause majeure de ce qu’il faut bien appeler jusqu’ici un échec ».
On ne saurait cependant réduire l’ensemble des dynamiques de la zone franc CFA à la seule problématique monétaire au détriment des défis de plus en plus pressants : le problème de gouvernance, la corruption, absence d’obéissance aux règlements et directives édictées par l’autorité, fréquentes collusions entre cette autorité, les individus puissants, et les groupes de personnes dont elle devrait contrôler les actes, et enfin tendance sensible, dans toutes les couches de la population, à résister au contrôle de l’autorité publique et à ses voies et moyens…figurent parmi les plus dramatiques de ces challenges.
J’en arrive à la conclusion prophétique que, en l’absence d’une plus grande discipline sociale, le développement se heurtera à d’énormes difficultés, et en tout cas, se trouvera retardé
Que Dieu vielle !

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