Sécurité

CONFLIT AU CENTRE DU MALI : Ce qu’en pensent les Maliens

Le Centre est dans d’une spirale de violence inouïe qui commence à prendre des proportions inquiétantes. Dans le micro-trottoir que nous vous proposons, les Maliens donnent leurs avis.  

Mohamed Diarra, employé d’entreprise

Je qualifierais cette attaque de génocide et cet acte n’est rien d’autre que la machination des dirigeants du pays.

J’imagine que dans ce pays,  seul les militaires sont censés sécuriser la population et s’il y a une milice créée pour armer les gens en leur disant de se défendre, alors toute personne possédant une arme, poussée à bout, n’aurait d’autre choix que d’utiliser celle-là.

« La guerre entre Peuls et Dogons », je ne le vois pas comme ça car, c’est cela qu’ils veulent qu’on comprenne. Les dirigeants veulent rayer les Peuls du Mali parce que tout le monde pense que les Peuls sont des terroristes dans la majorité. A ce stade, il faudra qu’on fasse attention à nous-mêmes.

Kadiatou Savadogo, agent d’hygiène à la retraite

Cette guerre est purement et catégoriquement politique. Le Mali ne connaissait pas ces actes, mais qu’est-ce qui nous a amenés cela ? Nous étions un pays que tout le monde aimait, un pays d’amour, d’hospitalité, de cousinage et de partage.

C’est parce que la politique n’a pas été gérée comme il le faut et que la démocratie a été mal comprise que ces inconvénients surgissent.

Drissa Dembélé, commerçant

Ce n’est pas une guerre contre les Peuls, mais une rébellion. D’ailleurs, on constate qu’ils brandissent le drapeau du Mnla. Tant que le Mnla n’aura pas été désarmé, ces tensions ne s’apaiseront  pas parce que c’est eux les rebelles. Il y a plusieurs arrondissements qui sont obligés de prendre leur propre sécurité en main, car il n’y a plus d’Etat. Personne ne saurait s’asseoir et attendre la mort venir. Il faut qu’ils se défendent. La situation nous dépasse tous.

Sékou Coulibaly, chauffeur

Ce conflit existe entre ces communautés depuis longtemps, mais il est temps qu’ils voient cela entre eux. On ne peut pas écarter que des djihadiste sont intervenus dans cette guerre, mais le mieux serait qu’ils trouvent un terrain d’entente, vu que la guerre ne réussira pas là où les négociations ont échoué.

J’exhorte ces communautés à ne pas subir des complots des personnes extérieures. Il faut que ça cesse pour que ce pays puisse avancer parce que cela n’engendre que de la catastrophe.

Nous pouvons remarquer dans la société que des Dogons et Peuls se marient. Donc, on ne saura tuer les nôtres. A la lumière de tous ceci, nous en conviendrons que les organisateurs de ces actes se trompent gravement.

Nous n’avons rien, mais nous avons notre dignité. Dans le temps, ce conflit entre Peuls et Dogons existait, mais depuis la venue des « Blancs », ce conflit a pris une autre dimension.

Il est inutile de chercher de gauche à droite ; il faut que les Dogons et les Peuls s’asseyent sur une table de négociation.

Salia Drabo, Juriste

Bien avant ces meurtres, ils ont tué le chef du village et jeté son corps dans un puits. Un village qui ne dépasse pas 300 habitants, quand vous tuez 150 personnes dans ce village, je dirai que tout le village a été tué.

Les chausseurs sont connus avec des armes traditionnelles, c’est-à-dire en poudre, mais ces gens ne sont pas des chasseurs.

Ce conflit a été déclenché une fois lorsque moi-même j’étais a Madougou, un village de Koro. Dans ce village, les Peuls laissaient leurs bétails dans des champs dogons, sous prétexte que les champs sont sur le passage de leurs bétails. Ce  sont ces actes qui sont à la base du conflit Peuls-Dogons, mais cela a pris une ampleur quand d’autres gens se sont mêlés au conflit.

Cette guerre est purement traditionnelle, puisque les Peuls sont traditionnellement des éleveurs et les Dogons des cultivateurs. Cette guerre a toujours existé.

Mais, c’est à cet instant précis que cela a pris une telle ampleur et cela est dû à un manque de communication et à l’instrumentalisation des politiciens.

Tant qu’il n’y a pas la cohésion sociale, cette guerre ne prendra pas fin.

C’est à la population de prendre conscience que nous sommes un peuple, qu’on n’a pas besoin de s’entretuer ou de s’attaquer. Il faut cette prise de conscience pour arrêter ce massacre.

Sogona Diop, animatrice

« Le Malien peut être méchant, mais de là aller tuer ses propres frères, je ne suis pas convaincu. Je pense que quelque chose se cache derrière tout ça. Je suis contente de l’arrivée de la CPI au Mali pour les enquêtes, car au Mali se trouve un bon nombre de mercenaires et les autorités sont au courant de tout cela.»

Mariam Maïga, Directrice de la société Sanuya Ni Keneya

«  Je pense que c’est un problème qui ne finit jamais, car ceux qui devraient nous protéger sont les mêmes qui multiplient ces actes à cause de leurs parti-pris. J’ai le cœur meurtri de voir des ethnies prendre des armes l’une contre l’autre. Seule la communication peut résoudre ce problème, car la situation n’est en faveur de personne.»

Abdoul Aziz Koné, étudiant

Cette guerre est une machination ou plutôt une conspiration contre le peuple malien en entier, particulièrement contre les Dogons et les Peuls.

Une conspiration parce que le Mali est déjà en guerre, l’instabilité règne déjà.

Ce sont les puissances étrangères qui menacent et agissent pour qu’il ne puisse pas y avoir de paix au Mali. Parce que ce n’est pas dans leur intérêt, naturellement là où le tissu social est fragile, elles en profitent.

La tension règne déjà entre Peuls et Dogons, il y a de cela plusieurs années. Donc, ils en profitent pour créer une tension ethnique à ce point alors qu’il en n’est  rien.

Pour conclure, cette guerre est une guerre imposée à ces deux communautés pour qu’il y ait inter-agissement  à chaque fois que l’une des deux lèse l’autre. C’est ce qui nous met dans une dégradation du tissu social que le Mali n’a d’ailleurs jamais connu.

Réalisé par Sanata GOITA, DIAKO (stagiaire)

Follow Me:

Related Posts

Laisser un commentaire