Grand débat du Forum de la presse sur la décentralisation – 3eme partie

9 mois ago
758 Views

L’ancien ministre de la décentralisation est convaincu que la décrédibilisation des élus communaux et le manque de volonté politique ont fortement impacté le processus du transfert des ressources aux collectivités. Dr Abdoulaye Sall, lui pense qu’on pouvait mieux faire si la mise en œuvre de la décentralisation n’avait pas failli dès le début dans son approche.

Débats.

Pour le 10ème numéro du « Grand Débat Economique », organisé par l’Association Forum de la Presse, la thématique ne pouvait être mieux trouvée. Alors que la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation exige « une décentralisation poussée », le transfert des ressources aux collectivités doit se heurter à de nombreux obstacles. Mais comment transfert les ressources aux collectivités et s’assurer de la bonne gouvernance de ces ressources ? La problématique était au centre d’un face-à-face ce samedi à la CCIM entre Ousmane Sy, ancien ministre chargé de la décentralisation, et Dr Abdoulaye Sall, ancien ministre, mais également auteur du livre « Le pari de la décentralisation.

« Nous avons des insuffisances »

D’entrée de jeu le ministre Ousmane Sy fera savoir que l’idée de la décentralisation au Mali est partie de la volonté de régler le décalage entre l’Etat et les communautés en respectant l’idée que le développement commence à la base. 20 ans après le déclenchement du processus de mise en œuvre, le bilan est relativement satisfaisant, constate Ousmane Sy, qui se réjouit de la « multiplication des centres de santé, des écoles et des points d’accès à l’eau potable dans plusieurs communes de l’intérieur du pays ». Cependant, le ministre Sy reste convaincu qu’on pouvait mieux faire en corrigeant certaines erreurs. « Si c’était à refaire, nous allons corriger beaucoup d’aspects, mais en son temps, il fallait y aller ».

Parmi les lacunes de la décentralisation, les observateurs sont unanimes sur les difficultés liées au processus de transfert des collectivités aux communes. Lorsqu’on pose la question à Ousmane Sy de savoir les vraies raisons, l’ancien de la décentralisation est catégorique : « le processus manque de volonté politique réelle ». Pour M. Sy, tout a été mis en œuvre pour ne pas transférer les ressources collectivités. Si les communes n’arrivent pas à faire face aux enjeux de développement des localités, c’est sans doute parce qu’elles manquent de ressources, regrettent Ousmane Sy. Comment transférer les ressources à des communes sans être sûr de la bonne gestion ? En réponse à cette question, M. Sy pense que la problématique de la mauvaise gouvernance ne concernent pas que les élus communaux, mais relève d’un problème général à tous les secteurs au Mali. L’ancien ministre de la décentralisation est convaincu que sur ces questions, il existe des préalables : notamment la formation des acteurs locaux aux exigences de bonne gouvernance et la mise à disposition de ressources humaines compétentes par l’Etat aux communes. M. Sy, qui regrette de constater le contraire, ajoute qu’il n’est possible que 55% des fonctionnaires maliens travaillent dans la seule ville de Bamako. « Il faut mettre les compétences à la disposition des communes, les transférer les ressources et leur confier leur destin de développement », recommande Ousmane Sy, pour qui la déconcentration est indispensable.

« Nous avons failli dans l’approche »

Si Abdoulaye Sall partage ces insuffisances dans la mise en œuvre de la décentralisation, il pense en revanche que les problèmes de la décentralisation prennent leurs origines dès la base de sa conception. Auteur du livre « le pari de la décentralisation », l’ancien ministre avait émis des inquiétudes il y a 20 ans sur les dangers que cours la décentralisation dans sa mise en œuvre. 20 ans après, l’histoire vous donne-t-il raison ? « Ce serait trop dit », réplique Dr Sall, qui relève toutefois que les problèmes que traverse le Mali pouvaient être évités. « Le bilan…il est bon, mais nous avons failli dans l’approche », constate Abdoulaye Sall, qui regrette que la décentralisation n’ait pas été conçue et mise en œuvre en partant des villages et factions vers les communes, ou en ne respectant pas, dans le découpage, les entités sociologiques, culturelles et géographiques, qui prennent en compte le rôle essentiels des chefs et autorités traditionnels et coutumiers.

« La mise en œuvre effective de la décentralisation doit obéir aux principes de la concomitance, de la progressivité, de l’intangibilité, de transparence, du partenariat, etc. », remarque Abdoulaye Sall. Or, regrette-t-il dans chacune de ces composantes, nous avons commis beaucoup d’erreurs.

Parlant du transfert des ressources, l’auteur du livre sur le pari de la décentralisation pense qu’il est nécessaire créer de la richesse dans les communes pour une meilleure déconcentration. « 92% des ressources des collectivités viennent de l’extérieure. Ce n’est pas normal. C’est Bamako qui devait aller vers les communes. Il faut travailler à créer de véritables centres urbains, que les entreprises dans les communes profitent des marches sur place, que les compétences soient dans les régions et communes, que l’Etat arrête de signer des contrats avec les associations pu groupes armés, mais avec les collectivités… », recommande Abdoulaye Sall.

Tony Camara

SOURCE: http://www.journaldupeuple.com

(Visited 67 times, 1 visits today)
Comments

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *