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TROIS QUESTIONS A MAÏGA KADIDIATOU BABY, COORDINATRICE DE L’ASSOCIATION POUR LA PROMOTION DES FILLES DESCOLARISEES AU MALI (APROFID) : ‘’Il y a un manque de volonté politique’’


Pionnière du combat pour la réinsertion des filles déscolarisées au Mali, Maïga Kadidiatou baby pense qu’il y a un réel manque de volonté politique pour accompagner ces désœuvrées.

Quel est l’état des lieux de la réinsertion des filles déscolarisées au Mali ?
Maïga Kadidiatou Baby : La réinsertion des filles déscolarisées était l’un des indicateurs des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Au Mali, les autorités se focalisaient sur la promotion de la scolarisation des filles. On a fait plus de deux décennies dans cette bataille. Il a fallu le rapport de la Coalition Education pour Tous (EPT) au début des années 2000 pour permettre au Mali de se rendre compte de la gravité de la situation et de s’y intéresser.
Depuis la rencontre de Dakar en 2007, le concept de réinsertion est apparu dans les discours officiels. On a commencé à élaborer des projets et des programmes au niveau des départements ministériels pour essayer de prendre en compte le concept. Mais, il faut reconnaitre que le problème n’est pas appréhendé comme il le faut. Dans tous les programmes conçus, vous trouverez que la question de la réinsertion est liée aux questions du genre ou à la scolarisation. C’est bien de penser à promouvoir l’éducation de la jeune fille. C’est aussi bien de penser à réinsérer celles déscolarisées ou non scolarisées. Elles ont besoin d’une seconde chance ou une petite perspective.
A ce jour, le concept n’est pas perçu comme il devrait l’être. Il faut une véritable volonté politique pour élaborer une Politique nationale dédiée à la réinsertion de ces désœuvrées.

Que fait APROFID dans ce sens ?

Vous savez, nous sommes conscients que l’Etat à lui seul ne peut pas offrir une perspective à toutes ces filles et femmes. Il faut forcément que des structures et des organismes comme le nôtre viennent en aide. Nous sommes la première ONG au Mali à s’intéresser au phénomène depuis 1996. Avec l’appui de nos partenaires, APROFID accompagne les jeunes filles ou femmes dans le développement des compétences de vie pour être des citoyens autonomes et des acteurs engagés pour le développement durable. Nous les recensons et en fonction des moyens disponibles, nous organisons pour elles des activités de formation professionnelle et des activités génératrices de revenus. Les domaines dans lesquels nous les accompagnons sont la savonnerie, la coupe, la couture. Mais aussi, nous trouvons des bourses dans des centres spécialisés pour celles qui ont besoin de revenir sur les bancs. A ce jour, nous avons accompagné plus de 1 080 jeunes filles ou femmes à avoir un diplôme, à apprendre un métier ou à s’installer à son propre compte.

Quels sont vos rapports avec les structures étatiques ?
Ce sont nos partenaires. Nous travaillons avec toutes les structures de l’Etat qui interviennent dans le domaine. Notre collaboration porte sur des échanges de données. Nous partageons avec elles les informations que nous recueillons sur le terrain. Nous attirons leurs attentions sur certains aspects importants. A leur tour, elles nous impliquent dans toutes questions concernant le domaine de l’éducation non formelle et la réinsertion des filles ou femmes.

Interview réalisée par Harber MAIGA



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