Economie Gouvernance

Mali : Une guerre perdue dans la guerre pour les Impôts et les Douanes maliennes

Comme beaucoup de diplômés des écoles supérieures et des universités, K.T. a lui aussi bourlingué dans la presse avant de passer au concours d’intégration à la fonction publique dans la catégorie des inspecteurs des Impôts. En 2010, notre ex-confrère servait à Ménaka comme chef de Centre des Impôts.

A la faveur du traditionnel conseil de direction des fiscalistes, que l’ancien directeur général, Dionké Diarra avait institué, nous avons échangé avec K.T. sur ses déboires professionnels et administratifs dans cette bourgade, jadis chef-lieu de Cercle. Notre interlocuteur se plaignait du manque d’activités. « Je passe des semaines entières sans voir un seul contribuable au guichet. Ici, les gens n’étaient pas habitués à passer au guichet des impôts… », expliquait- il.

Cette année, l’objectif de recettes de toute la région était largement en deçà des attentes. Plusieurs Centres de recouvrement, dont celui de Ménaka peinaient à mobiliser à cause, certes de la précarité des assujettis, mais surtout du manque de volonté des contribuables. Qui s’accommodaient de la contrebande que s’acquitter de ses obligations ? Mais en bon pédagogue, le directeur général d’alors, Dionké Diarra, s’est beaucoup appesanti sur le contexte et non le texte. Selon lui, dans un contexte d’insécurité généralisée dans les régions septentrionales, l’on ne peut objectivement exiger des agents et des contribuables objectifs qu’ils ne peuvent tenir. L’année suivante, précisément en 2011, c’était le même discours à Tombouctou, qui recevait elle-aussi le Conseil de direction. C’est dans ce contexte que la rébellion de janvier 2012 a éclaté à Ménaka. Cette situation se greffe à une atmosphère déjà délétère.

Mais, le hic qui suscite des commentaires, c’est le décalage entre le niveau de mobilisation fiscale et le visage des différentes villes du Nord. Une contradiction qui crevait les yeux. Dans la décennie 2000 – 2010, le visage de toutes les villes du nord a radicalement changé. Des immeubles à étage poussaient comme des générations spontanées de champignons partout à Gao, Tombouctou et Kidal. Dans les villes secondaires comme Bourem, Ansongo, Ménaka, pour ne citer que celles-ci le niveau de vie a brusquement changé positivement. En soi, il n’y a rien d’anormal. Mais, la vitesse du changement devrait attirer l’attention des Autorités. Car, celle-ci évoque une instance activité souterraine. Ce qui est le cas évidemment. La rébellion, qui a emportée avec elle une insécurité généralisée a créé un terreau fertile à la contre bande à ciel ouvert. Le manque à gagner se chiffre à des centaines de milliards de Fcfa au détriment des Caisses de l’Etat du Mali et des autres pays de la sous-région, notamment l’Algérie, le Niger et le Burkina Faso. Des gros bonnets de la rébellion se sont transformés en opérateurs économiques sans foi ni loi. Leurs tentacules s’étendent sur plusieurs secteurs du commerce, notamment les hydrocarbures, les produits alimentaires (les pâtes alimentaires, les boissons, etc.), les articles électro-ménagers, les tapis, les produits de lingerie (savon morceau et liquide).  

Ce commerce illicite a atteint des proportions préjudiciables pour les économies de la sous-région, au point qu’il affecte tous les branches d’activités économiques (industrie, commerce et transport, etc.). Un moment le groupement des pétroliers du Mali avaient menacé d’observer des grèves de protestation contre la concurrence déloyale que les trafiquants leur font subir. Et, le hic qui fait grincer les dents, c’est que les Autorités ne peuvent rien contre le phénomène. En 2016, des hommes armés non identifiés ont abattu un douanier à Gossy. Jusqu’à ce jour, cette affaire reste sans être élucidée. Selon nos sources, les nouveaux opérateurs ont écrit à un gouverneur de région du septentrion pour lui dire de demander à ses services de répression de ne pas fouiner leur nez dans leur busines, s’ils ne veulent s’attirer des ennuis. Au motif, qu’ils ont vécu la période d’occupation djihadistes avec tous les risques, pendant qu’au même moment, les services de l’Etat s’étaient repliés dans la partie sud du pays.

C’est dans cette atmosphère délétère que le Fonds mondial international (FMI) exige de nos services de recettes du miracle, surtout à un moment où le pronostic vital du pays lui-même est prononcé. Cela en présence des soit disant amis (français et européens, américains et asiatiques) vivent au quotidien cette porosité organisée, contre laquelle, ils ne font rien pour aider nos Autorités à endiguer le phénomène. Au contraire, ils l’encouragent en assurant l’impunité aux contrebandiers. Qui sont des leaders communautaires le jour et chefs de gangs dès la nuit tombée. La question qui taraude les esprits est de savoir si ce n’est pas cet argent sale qui sert à acquérir des armes auprès des fournisseurs clandestins ?

Il est important de rappeler que notre pays ne fonctionne qu’avec deux régions : Kayes et Sikasso. C’est dans ces conditions difficile que les députés se penchent sur le Budget de l’Etat 2020. La cession s’est ouverte le lundi dernier à l’hémicycle en présence du Premier ministre et les membres du gouvernement.

Rappelons que l’ouverture de cette cession budgétaire a été précédée par l’adoption, le samedi 5 octobre dernier, de la loi de finances rectificative, au titre de l’année 2019. 

Le point saillant à retenir de cette loi de finances rectificatives est relatif à la baisse des prévisions de recettes au niveau des Douanes. La loi de finances initiale prévoyait la mobilisation de 641 milliards CFA F CFA en 2019. Mais, compte des aléas, évoqués dessus, cette prévision a été revue à la baisse. Ainsi, les techniciens des chiffres du ministère de l’économie et des finances, en accord avec le FMI, ont été amenés réduire le niveau de recettes de 641 à 620 milliards F CFA, soit 21 milliards de Fcfa de moins.

Youssouf Diallo

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